L’entretien des sols entre pour une part majoritaire dans le coût total de possession d’un sol souple. De quoi s’interroger sur la fréquence des lavages, mais aussi le coût et l’efficacité des produits employés, surtout s’ils sont bio. Surprise, en plus de faire du bien à la santé des occupants et à la planète, ces derniers peuvent aussi devenir les alliés du gestionnaire !

Quatre-vingt-six pourcent ! C’est le poids de l’entretien sur le TCO d’un sol de résidence, calculé sur une durée de vie de 7 ans. Même si ce ratio peut évoluer à la baisse et dépend, entre autres contraintes, des exigences sanitaires (à l’hôpital, dans les EHPAD… ou les blocs scolaires), du recours ou non à la sous-traitance, voire de l’utilisation de roto-brosses et autres autolaveuses, la facture reste dans tous les cas élevée.

Ce point n’est évidemment pas méconnu des services généraux. Et certains l’ont tellement bien compris qu’ils n’hésitent pas à s’équiper de tapis de propreté à l’entrée des bâtiments, ceux-ci pouvant contribuer à baisser la facture jusqu’à 65%.

Le recours aux produits d’entretien bio également bon pour le portemonnaie

Jusqu’à récemment, le recours à des produits d’entretien bio n’était pas en tête de liste de leurs préoccupations. Le sujet était plutôt traité sous l’angle sanitaire, par les responsables de l’hygiène, ainsi que ceux en charge de la santé des occupants des lieux, y compris les parents d’élèves ou les CHST. Ces derniers trouvent d’ailleurs matière à choisir les produits en lisant les recommandations des fabricants, comme en témoigne le site acheteur durable.

Soyons clairs, il n’y a pas à ce jour d’étude définitive sur le sujet. « Nous continuons d’inscrire, sur nos fiches produits, des références de produits d’entretien traditionnel » reconnait d’ailleurs Jean-François Lacoste, responsable technique et environnement chez le fabricant de revêtement de sols Forbo Flooring Systems. Mais il nuance aussitôt : « Cela ne constitue pas un désaveu des produits d’entretien bio. C’est plutôt la conséquence du fait que dans la majorité des cas, les clients n’y ont pas recours et ont donc plutôt besoin de mode d’emploi pour les produits traditionnels ».

Il y a cependant une convergence de comptes rendus d’expériences (par exemple en milieu scolaire) qui permettent de dire que non seulement l’entretien bio des sols fait du bien aux occupants et à la planète, mais que de surcroît il constitue une option économique. Voici au moins cinq axes de réflexion :

Des produits moins chers à l’achat

Même si en apparence, un produit d’entretien bio est proposé à un prix plus élevé, la réalité est plus subtile. Tout simplement parce que derrière l’étiquette ne se cache pas la même efficacité. Un produit classique est en effet proposé avec des tenseurs de synthèse, beaucoup plus coûteux que les tenseurs naturels qui composent les produits bio. Cela joue sur leur efficacité : beaucoup de témoignages soulignent que les quantités de produits bio à mettre en œuvre sont moins importantes qu’avec les produits traditionnels.

Oui mais ils ne sentent pas bons ! Certes, et c’est justement sur ce point que les produits classiques continuent de séduire, notre sens olfactif assimilant automatiquement les odeurs de synthèse, à base de produits dérivés du pétrole !, à la propreté. Dans les produits bio, l’absence d’odeurs ne signifie pas pour autant un manque d’efficacité. Mais psychologiquement il y a là une faiblesse. Astuce pour la combattre, verser une infime quantité d’huile essentielle dans le seau de la préparation qui va servir au nettoyage. Effet olfactif et donc sentiment de propreté immédiat… pour un coût ridicule.

Des ustensiles plus simples et plus efficace

Sur le chariot d’entretien, de nombreux outils cohabitent, là encore pas toujours avec une efficacité prouvée. Une bonne partie des balais, serpillères et autres plumeaux peuvent être remplacés par des serpillères et lingettes en microfibre.

Ces outils présentent de multiples avantages : ils fonctionnent aussi bien à sec avec un fort pouvoir électrostatique permettant d’enlever la poussière, y compris sur le mobilier ; que légèrement mouillés pour un entretien léger des sols ; ou encore avec du produit de nettoyage pour les tâches plus incrustées

Ils sont également lavables. Seule contrainte, ne pas les faire sécher mécaniquement, car leur pouvoir électrostatique s’en trouve diminué.

Une fréquence de nettoyage diminuée

Constat unanime des services généraux qui se sont lancés dans l’utilisation de ces ustensiles et de ces outils : une baisse de l’intensité des nettoyages. Même si les contraintes exigent un passage quotidien, l’usage des produits se raréfie. Le nettoyage à l’eau ou le simple dépoussiérage suffit le plus souvent.

Une durabilité préservée des revêtements

Le nettoyage bio a donc un impact sur la fréquence d’utilisation des produits les plus abrasifs, ce qui préserve plus longtemps la couche d’usure des revêtements de sol. Autre mesure « naturelle ».

Des pratiques annexes vertueuses

Enfin, cerise sur le gâteau, les démarches engagées s’accompagnent d’initiatives annexes vertueuses. Par exemple, dans les locaux du Conseil Général de la Gironde, les utilisateurs des bureaux ont été tenus informés du passage à l’usage de produits bio d’entretien, pour anticiper sur leurs réactions face aux nouvelles odeurs. En parallèle, le fascicule accompagnateur les incite à prendre la (saine) habitude d’aérer les bureaux au moins dix minutes par jour, pour renouveler la qualité de l’air intérieur. Anecdotique ? Pas vraiment quand on sait que l’air intérieur est 20 fois plus pollué que celui de l’extérieur, même en milieu dense. Et qu’une bonne partie des rhinites et autres pathologies ORL est liée à la pollution de l’air.

Une vraie politique d’éducation à mener

Il reste que la partie se joue au moins autant dans les têtes que dans les seaux ! Les responsables des équipes d’entretien savent en particulier que la dimension psychologique joue un rôle important dans l’allant et l’efficacité des personnels. Ils ne doivent pas se sentir dévalorisés parce qu’ils doivent utiliser des produits d’entretien qui ne « passent » pas à la télé et ont l’air de solutions de grands-mères. Même si c’est vrai ! Et même ces produits sont efficaces. Il faudra donc renverser la tendance en faisant comprendre à ce personnel qu’il est au contraire le fer de lance d’une révolution écologique et hygiéniste, en trouvant peut-être de nouveaux indicateurs de performances à mettre en avant…

La bonne nouvelle c’est que le mouvement semble engagé. Il existe des sites de ventes de produits et outils « bio » à destination des entreprises et de leurs équipes d’entretien. Et comme le fait remarquer Jean-François Lacoste, « l’important c’est qu’une prise de conscience amène, même sans révolution bio, à des changements de comportement : par exemple, la limitation des dosages de produits a un effet immédiat sur la disparition de films inesthétiques à la surface des revêtements. Quant à la métallisation, que certains pratiquent encore tant est ancrée l’idée que ce qui est propre doit briller, elle n’est plus nécessaire dans la quasi-totalité des situations ».