L’architecte Phine Dottelonde nous explique pourquoi elle a largement fait appel au bois pour concevoir le nouveau lycée de Dammartin en Goële (77). Et comment le linoleum a trouvé naturellement sa place dans un espace qui respire la santé, pour favoriser l’apprentissage.

Votre cabinet a remporté le projet de nouveau lycée à Dammartin en Goële (77). Quels ont été les points forts de votre proposition ?

Phine Dottelonde, Architecte : Pour ce lycée à construire dans un environnement encore très peu urbanisé, presqu’à la campagne malgré la proximité de l’aéroport de Roissy, nous avons mis en avant une architecture non ostentatoire, qui privilégiait le rapport à la matérialité, à la sensibilité des matériaux.

Le projet était labellisé HQE, et nous avons privilégié une architecture faisant très largement appel au bois, pour sa sensibilité et son humanité. De par mes origines scandinaves (danoises, NDLR), c’est un matériau que j’apprécie particulièrement de travailler, mais avec ici une lecture non rustique, beaucoup plus moderne.

Le lycée a une double vocation, à la fois généraliste et professionnelle. Cette deuxième orientation se traduit par exemple par la présence d’une piste routière pour l’apprentissage du pilotage de camions, et par l’existence de plusieurs ateliers. Nous en avons tenu compte de ces nuisances potentielles dans notre réponse, en exploitant au maximum la surface offerte de 12 000 m2, en organisant l’espace de manière à pouvoir conserver des bâtiments relativement peu élevés, et en créant un cœur social, qui propose notamment un forum et un amphithéâtre. Le tout avec abondance de bois, en intérieur comme pour les extérieurs.

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Comment le linoleum s’est-il inscrit dans votre proposition ?

Phine Dottelonde : Assez naturellement, compte tenu des qualités reconnues en matière environnementale et sanitaire. L’environnement proposé aux élèves, conditionne leur comportement dans les études. Mais aussi par rapport au bâtiment lui-même. En l’occurrence, quand vous proposez des matériaux aussi beaux, vous enregistrez une diminution des dégradations (tags par exemple).

Justement, nous avons travaillé l’esthétique, au-delà du cahier des charges sans doute, en organisant par exemple le dialogue entre les sols et les murs. Nous nous sommes rapprochés du fabricant de linoleum, en l’occurrence Forbo que nous avons retenu pour sa gamme Marmoleum aux couleurs plus contemporaines, pour optimiser les teintes, calculer les indices de réflexivité (ou reflectance, NDLR) car nous n’avions pas le droit de descendre en dessous de 30%.

Finalement, nous avons retenu cinq teintes différentes, dont un vert assez moderne, pour des salles sèches. J’aurais aimé aller plus loin dans la diversité, mais il faut tenir compte des quantités minimum à produire par le fabricant, de l’ordre de 500 m2 car nous lui avons demandé un produit spécifique intégrant une sous-couche acoustique pour atteindre les 18 dB demandés.

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Vous montrez-vous encline à privilégier les linoleums dans vos réponses à appels d’offres ?

Phine Dottelonde : D’une manière générale, j’apprécie particulièrement les sols souples, donc également les caoutchoucs. Le linoleum a d’indéniables qualités, il suffit de se promener dans une pièce équipée pour, par exemple, en reconnaître et en apprécier l’odeur.

J’aimerais que les fabricants se montrent encore plus audacieux dans leurs teintes, de manière à pouvoir proposer à mes clients des esthétiques plus innovantes. Et puis il faut tenir compte de problématiques spécifiques de pose, par exemple quand vous êtes l’intersection d’une pièce humide (cuisine) et d’une salle sèche (réfectoire). Cela peut se résoudre en posant des lés intermédiaires, faciles à changer en cas de dégradations, lorsque les pièces humides sont nettoyées à grande eau.