Sur le chemin de l’économie circulaire, les fiches de données environnementales et sanitaires, répertoriées dans la base INIES, s’avèrent des aides précieuses pour mesurer l’impact réel des matériaux choisis. Reste à en généraliser la production…. Et à en simplifier la lecture ?

Coté-Sols : Comment votre SCOP Etamine en est-t-elle venue à s’intéresser aux FDES ?

Portrait Vianney Charmette

Vianney Charmette, ingénieur et architecte, Etamine :
Dans notre métier de conseil en performances énergétiques, que ce soit en conception, en réalisation et même en exploitation de bâtiments, il était normal que nous soyons amenés à nous pencher sur ces fiches de données environnementales et sanitaires. Tout simplement parce qu’elles sont une cheville ouvrière de l’expérimentation E+/C-, lancée en 2016 et qui doit déboucher sur la publication prochaine de la RE (Réglementation Environnementale) 2020. Elle va prendre le relais de la RT 2012, et introduire en particulier la mesure de la production énergétique des bâtiments neufs (ceci dans le cadre de l’objectif d’en rendre le bilan positif, NDLR) ainsi que l’estimation de leur coût carbone sur une période de 50 ans.

Coté-Sols : Pourquoi seulement une expérimentation et pas des prises de décisions immédiates ?

Vianney Charmette : Parce qu’il faut d’abord constituer un référentiel à partir de constatations sur le terrain, et produire notamment ces fameuses fiches FDES, qui s’attachent à décrire l’ensemble des impacts carbone d’un matériau de construction (le fameux C de E+/C-, NDLR). C’est vraiment une partie très innovante. Il faut rappeler que cette analyse du cycle de vie est complexe, parce qu’il faut prendre en compte de nombreuses phases, depuis l’extraction jusqu’au recyclage ou à la revalorisation finale. En passant par la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l’exploitation et l’entretien.

Côté-Sols : Qui fait cette analyse, et à partir de quelles informations ?

Vianney Charmette : Les fabricants sont invités à fournir ces informations mais il est encore possible de commercialiser des produits qui n’ont pas fait l’objet d’une publication de FDES. Du coup, certains peuvent se montrer réticents mais c’est à mon avis un mauvais calcul à terme, car de plus en plus de donneurs d’ordres exigent ces informations pour prendre leurs décisions d’achats.
Concernant la réalisation de la fiche, les fabricants peuvent la produire eux-mêmes avec un logiciel spécialisé, mais depuis 2017, une validation par une autorité indépendante est nécessaire. C’est par exemple le cas des responsables du programme INIES. Par ailleurs, ces fiches ont une durée de vie de 5 ans.

Côté-Sols : Nous nous sommes procuré certaines FDES auprès de Forbo notamment. C’est d’une lecture assez technique. Pouvez-vous nous aider à la simplifier, pour faciliter la comparaison entre l’impact carbone de différents revêtements de sol ?

Vianney Charmette : Il faut être prudent. D’abord parce que toutes les données ne sont pas disponibles come je vous l’ai expliqué. Par défaut, on prend donc les valeurs les plus défavorables. Ensuite parce qu’il ne s’agit pas d’un système de notation, ni de comparaison. Une des raisons étant que ces FDES vont évoluer dans le temps, avec des progrès à la fois sur les matériaux, mais aussi sur la fourniture des fameuses données. Donc prudence !

Côté-Sols : Il y a pourtant des idées reçues qui courent sur telle ou telle catégorie de revêtements de sol par exemple. Cela intéresserait nos lecteurs que vous les confirmiez… ou les infirmiez ?

Vianney Charmette : Je peux vous dire en tous cas que les moquettes synthétiques et les caoutchoucs font partie des produits les plus impactants, au coût carbone global le plus élevé. A l’autre extrémité de cette échelle, vous retrouvez le linoléum, grâce à sa composition à base de matériaux naturels, et le carrelage. Et au milieu, les sols PVC ne sont pas si mal (*)… Ils le doivent en particulier à des procédés de fabrication qui ont fait de vrais progrès ces dernières années, concernant la consommation d’eau ou d’électricité. Et l’émergence des produits autorisant des poses sans colle permet d’être encore plus optimiste.

(*) Sur le plan carboné s’entend précise Etamine qui appelle les décideurs « à bien regarder sur tous les axes environnementaux et liés à la santé, avant de sélectionner un revêtement de sol »