L’ingénieur acousticien Philippe Bullot nous dévoile les secrets de cette science encore expérimentale, mais qui prend toujours plus de place dans la réglementation régissant notamment la construction de bâtiments neufs. Il confirme au passage l’intérêt des revêtements de sols souples, pour lutter contre les bruits de choc et la résonnance.

« L’acoustique, c’est une science. Et comme la météo, elle est très pointue… en se trompant souvent ». Philippe Bullot, ingénieur et dirigeant de Leslie Acoustique, accepte volontiers de parler de son métier. Et il ne s’embarrasse pas de circonvolutions pour en souligner quelques limites : « on y cherche encore beaucoup, à l’instar de ce qui se passe avec le thermique ».

Cela ne l’empêche pas de bien remplir son agenda, car les obligations se sont multipliées ces dernières années pour les maîtrises d’œuvre, au moins en ce qui concerne les bâtiments neufs et comportant plus de dix logements. « Le point d’inflexion se situe dans les années 1990. A l’époque, il y a eu une grande découverte ! On s’est aperçu que la pire des nuisances, ce n’était pas l’insécurité, mais le bruit. Et cela, pour 82% des personnes interrogées ».

S’en sont suivis de nombreux textes : une loi cadre, dite Loi Bruit, signée par Ségolène Royal. Mais aussi une réglementation NRA 2000 qui impose des valeurs d’absorption maximale aux différents éléments d’une construction neuve : 30 dB en façade, 53 dB entre appartements ou encore 30 dB pour les équipements à l’intérieur.

« Au premier janvier 2013, est apparue l’obligation pour les maîtrises d’œuvre d’être en mesure de fournir une attestation de prise en compte de la réglementation acoustique » continue Philippe Bullot. « Mon travail, dans ces circonstances, consiste à les conseiller sur l’emploi de telle ou telle solution pour se mettre en conformité ». Et ce dans trois directions…

Les nuisances sonores sont en effet la résultante de trois phénomènes distincts, qui s’additionnent et se combinent pour créer le bruit et la gêne.

Le bruit de réverbération (résonance) : l’onde sonore, quand elle frappe une surface, est réfléchie (renvoyée), après une éventuelle absorption partielle de l’onde par cette surface. « Pour bien comprendre, un mur en béton présente une capacité d’absorption proche de zéro, tandis qu’une fenêtre ouverte, par lequel le bruit s’échappe, tend vers 100% (coefficient 1)». Entre les deux, une moquette très épaisse propose un coefficient de 0,3. Un carrelage, par exemple aux murs d’une salle de bains, tend vers 0. Quand à un sol textile floqué de type Flotex, il propose un résultat intéressant selon Philippe Bullot : « Avec 10%, il apporte une contribution non négligeable à la lutte contre la résonance. En effet, pour faire simple, les coefficients d’absorption du sol, des murs et du plafond se cumulent. Et il faut atteindre une somme totale qui dépend de la destination du local. Par exemple, dans les circulations d’un hôpital ou dans un bâtiment à usage scolaire, elle est de 50% ». Le rôle de l’acousticien, au-delà de la mesure de la situation, sera ici de proposer des solutions, par exemple des dalles de laine de verre au plafond.

acoustique

Le bruit aérien : La partie de l’onde sonore qui n’est pas réfléchie par la surface rencontrée, la traverse. Cette propagation est éventuellement ralentie par la loi de masse du matériau. Ainsi, un mur en béton ralentira mieux l’onde qu’un mur en papier, moins dense.

Le bruit solidien (bruit de choc) : Cette propagation de l’onde de choc dans un bâtiment est liée à la cohésion de la structure. Par exemple, un choc sur une canalisation au rez-de-chaussée s’entend quasiment sans atténuation au dernier étage. Et comme une dalle séparant deux étages est solidaire des murs qui la soutiennent, un choc sur le plancher du dessus, s’entend presque intégralement dans le local en dessous. « Pour combattre le bruit de choc, il est possible de créer des dalles flottantes, mais le surcoût est important. Il est moins coûteux d’utiliser les qualités d’un sol souple acoustique, que l’atténuation aux bruits de choc soit apportée par une couche du produit lui-même, ou par une sous-couche dédiée ». L’acousticien rappelle que les fabricants proposent des atténuations (Δlw) de l’ordre de 16 à 20 dB (*).

Pour fixer un ordre d’idée, Philippe Bullot souligne que notre sensibilité au bruit couvre un spectre compris entre 30 dB et 100 dB : « 30 dB, c’est le niveau de bruit à la campagne, quand nous avons le sentiment d’un silence complet. Et 100 dB, c’est à se taper la tête contre les murs tellement c’est insoutenable, du niveau du son dans une boîte techno ».

« Il ne faut jamais oublier la tridimensionnalité du bruit, pour lutter efficacement contre, et de manière équilibrée ». Mais il ne faut pas non plus négliger l’aspect psychologique de la nuisance sonore : « Le son dont j’ai envie, ce n’est pas du bruit. Un vol de canard produit plus de décibels que le camion poubelle dans une rue, et pourtant que de plaintes à propos du second, jamais à l’encontre du premier ». Et de conclure par cet exemple étonnant : « la quasi-totalité des personnes estiment qu’une haie de thuyas au fond de leur jardin améliore leur isolation phonique. Il est facile de démontrer que c’est totalement faux, à moins que cette haie ne mesure… 100 mètres d’épaisseur. Mais là, voyez-vous, nous entrons dans les mystères de la psychoacoustique ».

(*) Dans une gamme comme Sarlon trafic les performances proposées en matière d’atténuation des bruits de choc s’étagent de 15 dB jusqu’à 19 dB