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« Dans la maison du futur, les sols aussi vont nous surprendre »

Elle nous fait forcément rêver ! Dans quelle maison habiterons-nous bientôt ? Eléments de réponse avec Christine Taupiac, en charge de la prospective chez Forbo, qui réfléchit notamment à la place des sols dans les logements de demain. Aller vers le futur !

Coté-sols : Faire de la prospective chez un fabricant de revêtements de sols, qu’est-ce que cela recouvre exactement ?

CT photo 2016.jpgChristine Taupiac, directrice secteurs Retail, H&L et MultiUnit Housing, Forbo : C’est un rôle de développement qui s’exerce au niveau du Groupe. Avec mes collègues du siège, aux Pays-Bas, nous analysons toutes les tendances qui pèseront, demain, sur la demande en matière de revêtements de sols. Nous suivons aussi de près les innovations technologiques en cours et notamment aujourd’hui, le phénomène de la digitalisation. Et bien sûr, nous regardons ce que font nos concurrents. L’objectif est de comprendre, à cinq, à dix et parfois à quinze ans, ce qui va évoluer dans la chaine de valeur de nos métiers, et de développer par exemple de nouveaux services en réponse à ces modifications

Côté-sols : Concernant la « maison du futur », quels sont les tendances majeures que vous observez ?

Christine Taupiac : Rappelons d’abord que Forbo travaille avec les professionnels du bâtiment, les entreprises de pose, les promoteurs immobiliers, les gestionnaires de parcs d’HLM…. Cela nous donne un point d’observation particulièrement intéressant, car nos clients vendent finalement la maison du futur à leurs propres clients. Ils sont donc très attentifs eux-mêmes aux évolutions de leurs marchés.

Nous travaillons sur les trois axes principaux que sont les évolutions sociologiques des habitants, les solutions technologiques innovantes et enfin les préoccupations environnementales.

Sur le premier axe, et malgré des disparités importantes dans les comportements dans les différents pays européens, une constante se dégage : le vieillissement de la population, qui a des implications sur la conception des logements d’une part, mais aussi sur l’offre de services à penser pour leurs occupants.

Cela rejoint le phénomène de l’habitat participatif, qui prendra des noms différents selon les circonstances et les lieux mais avec cette constance : il s’agit de réunir, en un lieu pensé pour, un ensemble de services communs adaptés à la population ciblée. Cela vaut pour la conception d’un immeuble, voire d’un quartier, qui souhaite favoriser la mixité inter-générationnelle, mais aussi à un niveau individuel, avec l’émergence de nouveaux modes de cohabitation, provisoires ou permanents, voulus dans le cas des colocations ou « subis » quand on parle de familles recomposées….

Côté-sols : cela-a-t-il une implication directe sur l’offre des fabricants de revêtements de sols ?

Christine Taupiac : Le temps semble derrière nous où les familles achetaient un logement pour la vie ! Désormais, elles se déplacent régulièrement, leurs compositions changent, etc. En réponse, le maitre mot doit être la modularité des solutions proposées. Il faut presque penser à des utilisateurs qui « emmènent » leurs sols en quittant un logement. Cela milite évidement pour le développement de la pose non collée en lames clipsables par exemple, mais aussi, pour aller plus loin, d’une intégration des services de pose, de dépose dès le choix du revêtement.

Côté-sols : la préoccupation environnementale se renforce-t-elle dans la maison du futur ?

Christine Taupiac : Sans aucun doute. Sur les deux axes de la composition des revêtements d’une part, de leur recyclabilité en fin de vie d’autre part, il y a eu des progrès constants au niveau de l’offre des fabricants, du cadre réglementaire et de la sensibilisation des utilisateurs. Chacun nourrissant l’autre en quelque sorte. Et cela devrait continuer.

Un autre phénomène récent nous intéresse particulièrement, celui de la biophilie. Il s’agit d’un courant scientifique, qui démontre chez l’être humain des besoins physiologiques et psychologiques de contact avec la nature, pour qu’il se sente bien.

Le défi pour les concepteurs de logements en ville est donc de récréer des conditions de vie plus proches de la nature pour leurs occupants. Cela peut concerner la vue, les sons, la luminosité, les odeurs, la couleur… Pour nous, fabricants de sols PVC, la question des imitants de matières naturelles comme le bois ou la pierre, est évidemment posée.

Côté-Sols : pour finir, faut-il s’attendre à un déferlement d’objets connectés, dans les revêtements de sols aussi ?

Christine Taupiac : A titre personnel, j’en doute un peu. Il y a, dans une habitation, de nombreux autres endroits où capter de l’information, bien plus pratiques d’accès et donc à faire évoluer. Par exemple, un revêtement de sols qui détecte une chute, n’apporte pas autant d’informations qu’une caméra capable de suivre les mouvements de l’occupant. Et il sera bien plus facile de charger la nouvelle version du logiciel de la caméra que de changer un objet incrusté dans le sol.

Ce n’est pas pour autant que la digitalisation dans la maison du futur ne concernera pas les revêtements ! Mais les révolutions vont plutôt concerner l’offre de services et de produits.

Côté-Sols : C’est certainement un sujet sensible car stratégique mais pouvez-vous nous donner quelques pistes ?

Christine Taupiac : Disons que dans nos brainstormings les plus « créatifs », il nous arrive d’imaginer que dans un avenir proche, nos produits comporteront une couche de décoration « pelable » au-dessus de la sous-couche. Ce qui permettra de changer facilement l’ambiance d’une pièce. Pour aller plus loin, on peut aussi imaginer des systèmes holographiques qui projetteront une image au sol : du coup, le décor change à volonté ! Enfin, pourquoi ne pas fabriquer soi-même son revêtement de sol, avec une imprimante 3D ? Comme vous le voyez, la maison du futur n’a pas fini de mobiliser notre imagination !