Spécialiste des aménagements hôteliers, le cabinet Maidenberg Architecture n’en regarde pas moins vers la clientèle des bureaux. Car les demandes des utilisateurs, comme les matériaux disponibles et utilisés dans les deux univers, présentent bien des convergences.

Coté-Sols : Sur le site de votre cabinet d’architecture, on trouve de nombreuses réalisations dans l’hôtellerie, mais aussi et c’est plus surprenant, des bureaux, en l’occurrence des espaces de coworking. Il y a un lien logique entre les deux univers ?

Portrait P.Maidenberg - Photo Inès Dieleman

Portrait P. Maidenberg – Photo Inès Dieleman

Philippe Maidenberg, architecte DPLG, Maidenberg Architecture :
Sans aucun doute, puisque nous avons été effectivement consultés par une entreprise qui avait découvert nos réalisations hôtelières et a souhaité que nous mettions notre approche en œuvre pour son nouveau siège social.

Si nous avons accepté la mission, c’est aussi parce que nous pensons, depuis longtemps, que les deux univers présentent des similitudes, des porosités qui s’accentuent avec le temps. Aujourd’hui, les bureaux ressemblent à des lobbies d’hôtel qui eux-mêmes ressemblent à des appartements.

Coté-Sols : En particulier, qu’est-ce qui « passe » de l’univers des hôtels à celui des bureaux ?

Philippe Maidenberg : Avant tout, le côté chaleureux. Cela fait de nombreuses années désormais que l’objectif majeur des propriétaires d’hôtels est que le client se sente comme chez lui. C’était moins vrai dans les bureaux, où les codes étaient plus à la modestie, au non-ostentatoire, à l’austérité presque.

C’est en train de changer parce que les frontières tombent de tous les côtés. La barrière entre vie personnelle et vie professionnelle, par exemple. Lorsque vous pouvez rester chez vous, dans des conditions de confort et de performance optimales dans le cadre d’un télétravail, il faut vraiment que votre bureau soit très attirant pour vous décider à le rejoindre.

Personnellement, je demande régulièrement à mes collaborateurs s’ils se sentent bien dans les locaux et je vous assure que ce n’est pas une lubie. C’est une vraie interrogation et c’est pour cela que les aménagements doivent être de plus en plus modulaires, afin de faciliter le changement.

Côté-Sols : Par exemple avec des poses non collées pour changer les sols plus facilement ?

Philippe Maidenberg : Par exemple. De toutes façons, il y a un autre mouvement spectaculaire au niveau de l’offre. Si je pense aux revêtements de sols, votre sujet de prédilection, nous voyons bien que les différents matériaux – parquets, moquettes, sols PVC, etc – ne sont plus réservés à tel ou tel univers. Au contraire, avec les imitants, vous pouvez les sortir de leurs usages de prédilection.

Côté-Sols : Vraiment ? Il est aujourd’hui possible de proposer des sols PVC ou des linoleums dans toutes les circonstances ?

Philippe Maidenberg : En théorie, oui. En pratique, et vous avez raison, nous restons prisonniers de certaines habitudes, de certains codes. Moi-même, je ne proposerais pas spontanément des sols PVC et j’attendrais que mon client me le demande, par exemple en posant des exigences budgétaires telles qu’ils constitueront alors le meilleur compromis entre prix et qualité perçue.

Au fond, c’est un peu pareil avec les architectes (sourire). En théorie, avec un diplôme DPLG, vous pouvez travailler sur n’importe quel type de projet. En pratique, vous êtes rangés dans une case sectorielle et il est difficile d’en sortir. Même si aujourd’hui, il est plus fréquent qu’avant de rencontrer des clients qui ont été « inspirés » par une de vos réalisations rencontrées dans un autre univers. C’est typiquement le cas de l’hôtellerie. Les clients voyagent. Et il y a des bureaux et des salles de réunion dans les hôtels, donc ils peuvent voir ce dont nous sommes capables là-aussi.

Il y a aujourd’hui une prise de conscience grandissante autour de l’économie circulaire. La voyez-vous se traduire au niveau des appels d’offres reçus par votre cabinet ?

Philippe Maidenberg : Pas encore et pas beaucoup. Nous avons certes déjà réalisé quelques chantiers avec des objectifs d’obtention d’écolabels. Mais je crois savoir qu’après quelques années d’exploitation, cette quête a été abandonnée car trop contraignante à maintenir dans le temps.

Nous avons également des appels d’offres qui incluent des exigences environnementales. Nous sommes prêts, techniquement, à y répondre. Car il y a des solutions. Mais il faudra, pour que le mouvement décolle vraiment, qu’une volonté politique s’exprime via une réglementation. C’est cela qui décidera nos donneurs d’ordres à investir sur le sujet.